AFRO CUBAN ALL STARS au Métropolis de Montréal

Reportage de Marie Claude Roy


Afro Cuban All Stars

Voici d'abord l'histoire impressionnante de l'homme derrière Afro Cuban All Stars et bien d'autres formations... Le Quincy Jones de Cuba ... , le Christophe Colomb de la musique Cubaine...selon Ibrahim Ferrer, et j'ai nommé : Juan de Marcos Gonzalez.

Nous voulons conserver vivantes les racines de la musique cubaine, non pas comme une exposition dans un musée, mais comme une partie intégrante d'une tradition vivante.”- Juan de Marcos

Depuis plusieurs années, Cuba est une porte d'entrée et une école de musique quasi incontournable pour tous les grands musiciens de ce monde. Chaque année, des festivals ont lieu et plusieurs ateliers de percussion, de musique afro-cubaine, et de techniques musicales cubaines sont offerts par les musiciens les plus talentueux de ce pays. Cela favorise les échanges entre les musiciens venus de tous les coins du monde et donne lieu à de nouveaux mélanges musicaux. Les “jazzman” d'ici comme Alain Caron, Vic Vogel, pour ne nommer que ceux-là, font partie de ceux qui ont ouverts leurs champs musicaux vers de nouveaux horizons et qui adaptent leur répertoire jazz en innovant et en fusionnant. Il règne un énorme respect envers tous et chacun. Ce sont ces échanges qui permettent d'ouvrir les horizons et de recevoir à Montréal, entre autres: Juan de Marcos et Afro Cuban All Stars, Ibrahim Ferrer et Buena vista Social Club, Los Van Van, Ruben Gonzalez, Omar Sosa, Roberto Fonseca, Orquesta Aragon, Issac Delgado, Cachaito Lopez, Gonzalo Rubalcaba (artistes cubains s'étant produit à Montréal) et j'en passe. Ils font parti des “grandes ligues” de la musique cubaine et sont toujours les bienvenus, souvent accueillis dans de prestigieuses salles comme la Salle Willfrid-Pelletier de la Place des Arts ou des endroits chaleureux comme le Métropolis ou le Spectrum.

Tout est en faveur de notre musique maintenant parce que le public s'est rendu compte que les origines de la salsa commerciale viennent de Cuba. C'est pour cela que le monde veut redécouvrir les racines de la musique de manière plus pure.”- Juan de Marcos

Juan de Marcos, l'homme derrière Afro Cuban All Stars

On se demande souvent quel est le cheminement qui amène un artiste à être célèbre et qu'est-ce qui les poussent à montrer si haut... Voici un résumé de la longue expérience de Juan de Marcos, l'homme derrière Afro Cuban All Stars et bien d'autres encore. Les orchestres : Afro cuban All Stars, Buena Vista, Sierra Maestra...sont nées suite à une récession de la créativité à Cuba à la fin des années 70. C'est cette époque que l'on a baptisée “le syndrome de l'isolation”. Longtemps défendu à Cuba “ l'American Free Jazz” a finalement fait sont entrée, en influençant les jeunes musiciens cubains, en brisant les barrières et en modelant leurs styles avec celui du jazz américain.

Cet homme de 50 ans, directeur arrangeur, producteur et musicien (guitare et tres) a réussi à amener la musique cubaine traditionnelle vers une nouvelle audience mondiale. Juan de Marcos est d'abord et avant tout un universitaire, ingénieur agricole. Cependant, en 1977, avec ses amis étudiants, il créa la formation Sierra Maestra. Voulant à cet époque recréer le son émouvant des grands orchestres de “ l'âge d'or” de la musique cubaine des années 1940-1950, il est passé par plusieurs formations et a su évoluer parmi les plus grands...tout en intégrant les jeunes et les moins jeunes en construisant des big-band multi générationnels.

Il quitte donc Sierra Maestra avant 1997 et forme Afro Cuban All Stars. Pour lui, ce fut la réalisation d'un rêve que de recréer des pièces popularisées par des gens comme le légendaire Benny Moré (reconnu à Cuba comme le meilleur sonero du monde, d'ailleurs on a donné son nom au Festival Benny Moré International qui réuni chaque année, à Cienfuegos et à la Havane, les meilleurs artistes de la salsa et les soneros reconnus internationalement).

Juan de Marcos a donc réuni pour ses productions, les meilleurs instrumentalistes de Cuba, incluant Ibrahim Ferrer, Felix Baloy et plusieurs autres. En voici un aperçu. Le premier album de Afro Cuban all stars a pour titre “A todo cuba le gusta” et fut en nomination aux “Grammy Awards”. Le second “Distinto, diferente” mettait en vedette, entre autre, Felix Baloy, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez et une multitude de musiciens talentueux, issus de plusieurs générations. Ce fut aussi une tentative ambitieuse, démontrant les styles différents et le développement de la musique cubaine durant ce dernier siècle. Le troisième et dernier album “Baila mi son” met aussi en vedette la voix riche, rythmée, puissante et séduisante de Felix Baloy et fut aussi produit et arrangé par Juan de Marcos, en juin 2000.

C'est lui et sa vision qui ont inspirés l'enregistrement de l'album de Buena Vista Social Club, vendu en millions d'exemplaires à travers le monde entier. On l'a reconnu sur cet album comme directeur du répertoire, mais le producteur Ry Cooder, n'hésite pas à valoriser son travail exceptionnel au sein de cette formation. C'est en fait, lui qui a sélectionné la musique et qui a agit en tant qu'arrangeur. Il a aussi suggéré une grande partie du répertoire et a participé à l'enregistrement de l'album. Le phénomène Buena Vista ne se serait pas produit sans sa touche personnelle.

Dès lors, Juan de Marcos a établi sa propre étiquette “Ahora !”, dans le but de développer les talents cubains. Il était de passage avec sa formation au Métropolis de Montréal, mardi le 28 septembre 2004, pour nous présenter un spectacle à la hauteur de nos attentes...

 

Le spectacle de Afro Cuban All Stars au Métropolis

Arrivé de l'Ouest Canadien et ayant joué à Victoria, Vancouver, Edmonton, Calgary, Winnipeg, ils étaient à Montréal ce mardi 28 septembre 2004. Il faisait chaud au Métropolis et on a assisté à une performance digne des grandes vedettes internationales de ce monde. Juan de Marcos, dans son costume argenté coiffé de sa casquette et de ses tresses, rayonnait sur scène, dirigeant avec brio son orchestre composé de 18 membres.

Les trois chanteurs se sont relayés tout au long du spectacle: L'octogénaire Ignacio Carillo a provoqué une euphorie à son entrée sur scène et c'est même fait offrir un gros câlin d'un des spectateur qui semblait ému par sa présence. Il a toujours cette voix de sonero inoubliable et nous a surprit par ses pas de danse. Puis, Leo Vera (ex-chanteur de Irakere, Klimax et Charanga Havanera) nous a offert des pièces douces de sa voix chaleureuse. Celui-ci a eu droit à des félicitations de la foule qu'il l'a apprécié durant cette 2e partie de spectacle. Finalement, le charismatique Tirso Duarte, aussi un ancien chanteur de la Charanga Havanera, qui possède maintenant son propre groupe, a terminé le spectacle avec trois de ses compositions.

Une section de cuivres brillait à l'arrière de la scène et nous a offert des solos qui nous en ont mis plein les oreilles. On a eu droit à une composition et un solo du jeune tromboniste, Juan Carlos Marin, vers la fin de la 2e partie. Le tout c'est mélangé de numéros plus intéressants les uns que les autres. Le trompettiste de la vieille génération Luis Alemany ainsi que le tromboniste Antonio Leal nous ont prouvé qu'il n'y a pas d'âge pour être une star de la musique cubaine...On le sait, mais de le voir “live” c'est pas mal impressionnant. Les percussions étaient aussi percutantes et on a eu droit à un solo d'Adel Gonzalez (ex-membre du groupe Irakere) à l'entrée du rappel. Un rappel qui a duré plus de 20 minutes.

En fait, Juan de Marcos a un énorme respect et une belle complicité avec tous ses musiciens et chanteurs sur scène et c'est flagrant. C'est lui qui les choisit selon les tournées, et selon les projets. Il change aussi les instruments, les “line up” du spectacle et certaines écritures, voir même certains arrangements, c'est selon. Il parle un anglais presque parfait, ce qui permet aux “non-latins” de bien comprendre le contenu des chansons et du spectacle.

Ils ont joué pendant plus de 2 heures sans entracte et le public fut très choyé. L'ampleur de leur présence sur scène et leur chimie est impressionnante et on croirait assister au spectacle d'une orchestre symphonique latine. À la fin du spectacle, ils ont eu juste le temps de faire leur adieux à leur amis de Montréal et ils repartaient pour l'Ontario pendant la nuit, où ils ont poursuivit et terminé leur tournée ( Guelph, Windsor, Toronto).


Sur la photo: Annie Joubert alias El Prez et le groupe Afro Cuban All Stars
backstage au Métropolis de Montréal le 28 septembre 2004

Voilà ce qui termine cette belle histoire ... Et en terminant, la prochaine fois que vous entendrez une musique que vous aimerez dans votre voiture, dans votre salon ou à votre club favori, dites-vous que derrière une pièce musicale...il y a toujours une longue histoire.

Hasta la proxima! Marie Claude Roy

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Marie Claude Roy est une vétérante dans la communauté Salséro. Avec plus d'une décennie d'implication dans ce milieu, cette journaliste trilingue anime chaque semaine : Ay Qué Calor les dimanches de 14h00 @ 16h00 sur les ondes de CIBL 101, 5 FM.

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