RAY BARRETTO S'ÉTEINT À 76 ANS |
Reportage spécial de Salsafolie
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Montréal, 17 février 2006
Info agence
France presse
Le percussionniste américain d'origine portoricaine Ray Barretto, 76 ans, est décédé vendredi de complications post-opératoires liées à un quintuple pontage coronarien, a-t-on appris auprès du Centre médical universitaire d'Hackensack. «Il est décédé ce matin», a indiqué une porte-parole de l'hôpital.
En janvier, le musicien avait subi une opération de cinq heures dans un hôpital de Ridgewood, dans le New Jersey, avant d'être réopéré en urgence quelques jours après, en raison de complications post-opératoires. Il était depuis en unité de soins intensifs.
Salsafolie est triste d'aprendre la disparition d'un autre grand maître de la Salsa. Nous vous offrons de lire ces quelques textes recueuillis sur l'internet pour vous familiariser avec ce grand homme ou pour le redécouvrir une dernière fois.
Salsafolie organise un hommage à Ray Barretto qui aura lieu dimanche le 26 février prochain au Dimanche Salsafolie de la rue St Denis. Le DJ El Padrino nous fera écouter ses meilleurs hits qu'ils l'ont propulsés au sommet de sa notoriété.
>>Article tiré du webzine www.mondomix.com<<
Ray Barretto
Depuis près de 50 ans, Ray Barretto est une star. Et même si le roi des congas vise des ambiances de plus en plus jazzy ces dernières années, c’est de la pure salsa qui coule dans ses veines.
Ray Barretto
Il aurait pu devenir plein de choses : voleur, dealer, soldat ou peut-être même tenancier d'un bar sur une plage du Pacifique. Allez savoir. Mais comme la musique l'a sorti plusieurs fois des embrouilles de la vie, Ray Barretto est devenu joueur de congas. Et il est l'un des plus grands percussionnistes au monde.
D’origine portoricaine, il naît à New York en 1929. Il n’a que 4 ans quand son père décide d’abandonner là sa famille pour retourner à Porto Rico. Suivent alors des années difficiles. La mère travaille le jour et étudie l’anglais le soir, laissant ses deux fils à la maison. Alors, pour oublier qu’ils sont tout seuls et qu’il fait noir dehors, Ray et son frère écoutent la radio. Et, à cette époque, les ondes swinguent au son des orchestres de Count Basie, Duke Ellington ou encore Benny Goodman.
Ray grandit à Brooklyn, fréquente de moins en moins l'école et de plus en plus la rue. Son adolescence prend des accents de "West side story" en version non édulcorée. Pour ne pas virer voyou, Ray s'engage dans l'armée américaine. Il a seize ans et c'est la guerre. Il est envoyé en Allemagne dans un contingent où la ségrégation raciale est de rigueur. Méprisé par les blancs, le jeune américain d'origine portoricaine fréquente le clan des noirs. Et, justement, ceux de son régiment animent un club de jazz où viennent jouer Charlie Parker, Dizzie Gillespie, Max Roach, Lou Donaldson… Un soir, Ray Barretto s'empare d'un banjo et improvise un solo de percussions sur la caisse de résonance de l'instrument. Et voilà comment a débuté ce salsero légendaire : dans le feu de l'action, au fin fond d'un club de jazz, en Allemagne, en 1946. Il quitte l'armée, retourne à New York et court les jam-sessions de Harlem. Rapidement, il devient LE percussionniste latino de nombreux musiciens de jazz et des prestigieux labels "Blue Note", "Riverside" et "Prestige". Sa notoriété grandissant, Ray Barretto se tourne vers ses origines et plonge dans la musique latine. Au cours des années 70, il grave des disques mythiques dans l'histoire de la Salsa (notamment le fabuleux "Acid" en 1972). Il est l'un des piliers du fameux groupe "Fania all stars", réunion des plus grandes stars de la salsa sous l'égide du label Fania, et enregistre des albums avec Celia Cruz, Tito Puente, Johnny Pacheco, Ruben Blades… Il joue même des percussions sur un titre d'un album de "Crosby, Stills & Nash" (oui, oui… le célèbre groupe pop/rock des 70s). Mais, avec le temps, Ray Barretto décide d'explorer de nouvelles voies. Depuis quelques années, il mâtine de plus en plus sa salsa de jazz -voire de free jazz- ce qui déroute parfois son public. Il s'en fout, il vit sa musique. Et, à près de 70 ans, il garde intacts son inventivité et son enthousiasme.
Marushka,
www.mondomix.com
>>ENTREVUE tiré du webzine www.zicline.com<<
Ray Barretto était de passage en Belgique pour un concert à La Louvière le 15 mai 2004, organisé par le T.M.Club, une association d'amateurs de oldies, de soul et de music pop-corn. Le célèbre percussionniste avant de se livrer à son art ( et ravir les 500 membres du Club, tous heureux de voir en chair et en os une de leur idole musicale) a accepté de répondre à nos questions sans complaisance mais avec la sincérité d'un artiste qui fête ses 50 ans de carrière. Un grand moment d'humilité !
Vous êtes né en 1929 à New-York dans une famille portoricaine. Votre père quitta le domicile conjugal quand vous aviez 4 ans et votre mère pour survivre dû apprendre l'anglais. C'est ainsi que vous restiez souvent avec vos frères à la maison et que vous écoutiez les Big Band qui passaient à la radio à cette époque.
>>C'est exact. Ces grands orchestres étaient en quelque sorte nos baby-sitters. Ce fut mon premier contact avec Count Basie et Duke Ellington. Enfin en vérité avec leurs disques.
Vous vous engagez dans l'armée US à 17 ans et vous vous retrouvez en Europe à Munich. Et c'est votre première révélation pour le jazz, notamment avec le Club Orlando. En quoi ce club fut-il important pour vous ? |

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L'armée pratiquait la ségrégation. J'étais dans une unité blanche et le Club Orlando était exclusivement destiné aux soldats noirs. Ce fut ma première prise de conscience du racisme. Beaucoup de musiciens blancs venaient du sud et ils n'aimaient aucun New-Yorkais et encore moins un latino. Je suis quand même entré au Club Orlando et j'y ai découvert des musiciens européens qui jouaient avec des soldats noirs, musiciens de jazz. J'ai compris ce qu'était la vraie vie !
C'est grâce aux musiciens européens (et à leur ouverture d'esprit) que j'ai pris goût au jazz, notamment grâce au vibraphoniste belge Sadi (avec qui je suis resté très ami).
Vous retournez ensuite aux States et décidez d'acheter des congas et de participer à différentes jam'sessions. Qui rencontrez-vous comme musiciens ?
Des stars comme Lou Donaldson, Max Roach, Donald Byrd et même pendant deux semaines Charlie Parker. Que vous ont apporté ces grands musiciens ?
(rire) Ah, c'était comme d'être au paradis et de parler avec Dieu !
Qu'avez-vous l'impression de leur avoir apporté avec vos origines portoricaines ?
Je pense simplement l'amour et l'enthousiasme et ils se sont rendus compte de qui j'étais, que j'étais sincère dans ce que je ressentais.
Les percussions étaient-elles importantes pour ces musiciens ?
Beaucoup de musiciens n'aimaient pas l'idée parce qu'ils pensaient que ce n'était pas essentiel pour le jazz traditionnel, mais d'autres musiciens ont trouvé que c'était un nouveau type de son que l'on pouvait ajouter au langage du jazz. Et pour moi, c'était une voie que Dizzie Gillespie et Chano Pozo avaient ouverte et je pensais que j'avais quelque chose à apporter, puis ils m'ont donné une chance de le faire.
Votre début de carrière est assez inhabituel. Pensez-vous que cela soit encore possible de nos jours ?
J'en doute sérieusement; je pense que les temps ont changé et qu'il n'y a plus d'endroits où jouer. Quand je suis sorti de l'armée, on pouvait aller de la partie la plus basse de Harlem, comme la 110ème rue, jusqu'à la 155 ème (cela représente un secteur de 40 pâtés de maisons), il y avait des clubs partout. Chaque soir il y avait une session de jam différente et vous pouviez rencontrer tous ces jeunes musiciens qui voulaient jouer.
Alors qu'aujourd'hui il n'y a plus que quelques clubs ?
Mais cela n'existe plus.
Que pensez-vous des maisons de disques et de leurs rapports avec le jazz ? Je pense que la " corporisation " de la musique américaine a rendu le jazz insignifiant. Et le contact permanent des enfants par la télévision, avec des musiques qui n'ont aucun sens a créé une génération et un public ignorant de jazz. Si vous leur jouez du jazz, ils ne le comprennent pas car ils n'y ont jamais été exposés.
Dans ce contexte, avez-vous l'impression que tout a été dit et fait dans le jazz, ou y a-t-il encore de la place pour l'innovation ? Pensez-vous qu'il y aura encore de grands musiciens ?
Heureusement, il y a encore des jeunes gens qui n'ont pas perdu leur chemin, qui ont refusé de se laisser influencer par la structure des corporations; quant à savoir s'il y a un nouveau Charlie Parker quelque part, ou un nouveau Miles Davis, c'est difficile à dire. |
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Beaucoup de gens, ici en Europe, pensent que les USA sont un paradis pour le jazz, que les grands et petits musiciens ont un grand choix d'endroits où ils peuvent aller jouer.
Totalement faux.
Est-ce plus facile en Europe ?
Je dirais ceci : l'Europe paie mon loyer depuis de nombreuses années.
Quelle est la différence, selon vous, entre le public américain et européen ?
Je pense que le public européen a une plus grand tolérance et une meilleure volonté pour écouter des choses nouvelles, il n'est pas aussi critique dans sa manière de penser; en tout cas pas avant d'avoir écouté et digéré. Ce public prend des décisions en fonction de la performance et non seulement selon des schémas pré stéréotypés de pensée, comme le font beaucoup d'américains. Aux Etats Unis si vous sortez de votre cadre habituel, le public peut vous délaisser. Les Européens croient plus en l'artiste, lui laissant la chance d'essayer autre chose.
Beaucoup de musiciens européens vont aux USA, mais peu d'entre eux y restent. Comment expliquez-vous cela ? Est-ce en raison de leur talent, leur état d'esprit ou d'un protectionnisme ?
Je pense que c'est simplement une réalité, il n'y a plus tellement d'endroits où jouer.
Quels contacts avez-vous avec des musiciens européens ?
Je n'ai pas beaucoup de contacts simplement parce que je voyage toujours d'un endroit à l'autre, d'un pays à un autre ; donc je ne peux pas rester longtemps. Au début de ma carrière j'ai été fortement inspiré par un musicien européen; peut-être l'un des plus grands musiciens de jazz dans l'histoire du jazz en Belgique : Sadi , qui était mon premier héros quand j'étais un jeune soldat, basé à Munich.
Et j'ai eu le plaisir de faire des enregistrements avec d'autres artistes en Europe : Bernard Lavilliers en France, et diverses personnes, mais je ne reste pas assez longtemps dans beaucoup d'endroits pour vraiment développer une notion d'amitié avec différents musiciens.
Sur ce même thème, vous avez joué avec des stars de la pop musique, comme les Stones.. Qu'avez-vous retenu de ces expériences avec la musique plus commerciale ?
Pas grand chose. Cela a payé mon loyer.
Etonnant car vous avez été connu en France et en Belgique pour votre participation à ce type de musique !
J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir m'adapter à des styles différents, vous savez, quand c'était nécessaire pour ne pas être sans travail. A l'époque des boites à rythmes, y a-t-il toujours de la place pour les vrais percussionnistes ?
Oui, en fait il y a un nouveau cru de percussionnistes merveilleux, mais quand un producteur fait un disque, s'il peut engager une machine, pourquoi engagerait-il un être humain ?
Si vous aviez une baguette magique et que vous aviez l'opportunité d'effacer certaines périodes musicales de votre vie, le feriez-vous ?
Oh, certainement !
Lesquelles ?
Oh, j'ai fait certains des pires disques dans l'histoire de la musique. Dans ma jeunesse, je me suis permis de me laisser manipuler par les compagnies de disques, à penser que je pouvais devenir une pop star commerciale et j'ai dit " Bien sûr, pourquoi pas ? ". Vous savez, c'est toujours bien de gagner de l'argent. Mais j'ai réalisé que dans ce processus, je n'étais pas heureux, et que ce n'était pas dans ma nature ou dans ma destinée d'être un artiste pop. Cela m'a pris 40 ans pour comprendre cela, pour revenir à mon véritable amour et garder mon âme dans la musique. |
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Tous les percussionnistes ont-ils toutes le même son ?
Non, j'ai toujours eu la chance d'avoir mon propre son. En fait, une des raisons pour laquelle j'ai toujours travaillé autant est que je n'avais le son de personne d'autre. De sorte que pour moi, ce n'était pas une question de son à trouver mais plutôt le type de musique sur lequel je pouvais y placer le mien, ma touche personnelle. Et donc, dans les quelques 12 dernières années, cela a été exclusivement du jazz.
Si cette même baguette magique pouvait vous donner un pouvoir, lequel choisiriez-vous ?
D'éliminer tous les clubs discos…
(Rire général…) J'aurais… même en voulant être un peu plus généreux, j'aurais voulu une représentation égale à la radio du jazz et de la musique classique, pour qu'il puisse y avoir un choix honnête. Parce que les jeunes se font simplement pollués par ce qu'ils entendent 99% du temps.
Beaucoup de jeunes musiciens fréquentent des universités comme Berklee (à Boston). Que pensez-vous que ces écoles leurs apportent ?
Je pense que les écoles apportent du positif et du négatif. Je pense qu'on peut enseigner des notes et des techniques, et même un sens des périodes différentes de la musique, mais on ne peut enseigner la créativité, et on ne peut pas fournir à un jeune musicien l'épreuve des contacts avec d'autres personnes merveilleuses, et dire " maintenant, il faut analyser ceci et choisir ce que vous pensez être bien. " Je crois que les musiciens se font enseigner le jazz mais je ne suis pas sûr de combien d'entre eux captent vraiment l'essence de la créativité qui est essentielle pour le bon jazz…. A Berklee, par exemple, je pense qu'ils donnent maintenant des cours pour apprendre à gratter les disques. C'est probablement plus une question de dollars que de musique.
Tous vos disques donnent une impression de liberté et d'avoir touché à beaucoup de musiques différentes. Est-ce quelque chose que vous recherchez ?
Ces quelques dernières années, oui.
Après une belle carrière depuis 60 ans, quels sont vos buts
aujourd'hui ?
Que le téléphone continue à sonner ! (rires)
Y a-t-il quelqu'un avec qui vous auriez adoré jouer mais vous n'en avez jamais eu l'occasion ?
Eh bien, il a longtemps quand j'étais un jeune homme, j'ai joué avec Charlie Parker pour un contrat qu'il avait dans un club à Harlem pendant 10 jours; je suis allé jouer simplement pour être assis avec lui. Mais j'aurais beaucoup aimé en faire plus avec lui .... Aussi, quand j'étais assez chanceux pour commencer à recevoir des coups de fils pour enregistrer des disques avec Gene Adams, Lou Donaldson, Sunny Stitt, Red Garland, et Wes Montgomery, j'ai fait tant de disques pour tous ces musiciens de jazz extraordinaires ! Mais je n'allais jamais en tournée avec eux. Seulement pour faire les disques et je me demandais toujours pourquoi. Parce que nous faisions souvent des disques assez merveilleux. J'ai réalisé plus tard que la situation économique est que quand on fait un disque on peut avoir 10 personnes sur le disque, mais que l'on fait la tournée avec un quartet et l'instrument que je joue n'était pas essentiel. C'était bien sur un disque mais pas en concert.
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Quand vous étiez jeune, avant d'être un musicien, vous écoutiez votre musique préférée. Vous est-il arrivé d'enregistrer certains de ces morceaux plus tard ?
Oui, en fait il y a quelques années, j'ai fait un disque avec " Wish upon a Star ".
Si vous pouviez faire un disque que vous avez vraiment envie de faire, lequel serait-il ?
J'aimerais enregistrer des morceaux des grandes époques de créations musicales, comme Frank Sinatra, Bing Crosby, vous savez, les années 30-40, mais je crains que seulement 10 personnes de plus de 70 ans achèteraient ce disque ! |
Un dernier mot , je vous remercie de vos questions car elles m'ont donné l'envie ce soir de jouer ce dont j'ai envie et pas forcément ce qu'on attend de moi....
Tiré d'une entrevue sur le site www.zicline.com
Discographie
(il peut manquer des informations)
Time Was - Time Is (2005), Ray Barretto 50th Anniversary: Live in Puerto Rico (2004), Homage Art (2003) Bomba Bomba (2002), Trancedance (2001), Portraits In Jazz & Clave (2000), Contact! (1998), My Summertime (1996), La Cuna (1995), Latin Gold Collection (1995), Taboo (1994), Latino Con Soul (1994), Ancestral Messages (1993), Descarga Criolla (1992), Live in New York (1992), Handprints (1991), Ray Barretto (1990), Irresistible (1989), Hard Hands (1988), Aqui Se Puede (1987), Todo Se Va Poder (1984), Tremendo Trio: Celia Cruz, Adalberto Santiago & Ray Barretto (1983), Que Viva La Musica (1982), Rhythm Of Life (1982), Soy Dichoso (1981), Giant Force (1980), La Cuna (1979), Rican/Struction (1979), Can You Feel It? (1978), Gracias (1978), Energy to Burn (1977), Eye of the Beholder (1977), Tomorrow: Barreto Live (1976), Barretto (1975), Carnaval (1973), Indestructible (1972), The Other Road (1973), Cocinando (1972), Head Sounds (1972), Message (1972), Barretto Power (1972), Acid (1972), From The Beginning (1971), Together (1970), Hard Hands (1968), Fiesta En El Barrio (1968), Alma Alegre (1967), Soul Drummer (1967), El Ray Criollo (1966), Señor 007 (1966), Viva Watusi (1965), Mysterious Instinct (Akannaginnagi) Featuring Brock Peters (1965), Guajira y Guaguanco (1964), Moderna De Siempre (1964), Swing La Moderna (1964), On Fire Again “Encendido Otra Vez” (1963), The Big Hits Latin Style (1963), Latino! (1963), La Moderna & El Watusi (1962), Pachanga (1962), Charanga La Moderna (1962), Cocinando Suave (1962), Barretto Para Bailar (1961)
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